INTERVIEW EXCLUSIVE : MADAME SAKHO TAMAR DIALLO DIRECTRICE NATIONALE ADJOINTE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE/MPDE

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MME SAKHO TAMAR DIALLO : « Grâce au leadership de Madame la Ministre du Plan et du Développement Economique le département a pu redynamiser et renforcer ces dernières années, la chaine prospective, planification, programmation, budgétisation, suivi et évaluation (PPPBSE) en Guinée et cela conformément à la vision éclairée d’une Guinée Emergente et Prospère du Président de la République le Professeur Alpha Condé. »

Mme Sakho Diallo Tamar est l’actuelle Directrice Nationale Adjointe du Développement Economique au sein du Département du Plan et du Développement Economique. Elle est Diplômée en Gestion de Politiques Economiques du CERDI, Clermont-Ferrand en France. Elle est par ailleurs, un pur produit de l’Université guinéenne sortie de l’Institut Gamal Abdel Nasser de Conakry munie d’un Diplôme d’Études Supérieures (DES) en poche, Option Economie Finances. Toute sa carrière s’est déroulée au Ministère du Plan et du Développement Economique d’où sa grande connaissance des rouages en termes de développement économique. Mme Sakho accepte de répondre ici de façon pointue, aux questions du SCRP/MPDE.

Madame Sakho, présentez-nous la Direction Nationale du Développement Economique (DNDE).

Sous l’autorité de la Ministre du Plan et du Développement Économique, la Direction Nationale du Développement Économique a pour mission, la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en matière de développement économique et d’en assurer le suivi.

La Direction Nationale du Développement Economique a trois divisions : la Division financement du développement, la Division développement régional et la Division suivi des ODD, qui devrait se retrouver à la Direction Nationale de Suivi-Evaluation des Politiques de Développement dans le cadre du nouvel organigramme résultant de la restructuration du département.  Huit (8) sections composent ces trois (3) divisions pour un effectif total de 24 cadres dont 7 femmes.

 Quel est le mécanisme pour arriver au développement d’un tissu économique en Guinée.

Pour arriver au développement d’un tissu économique en Guinée, Nous estimons qu’il faudrait :

  • Renforcer et/ou redynamiser le processus de suivi et évaluation de la mise en œuvre du PNDES, principal document fédérateur des stratégies et politiques nationales de développement économique et social en Guinée ;
  • Appuyer et développer les avantages comparatifs de nos régions et villes pour renforcer l’attractivité économique de nos régions ;
  • Mobiliser et soutenir les acteurs et parties prenantes du processus de développement économique en Guinée ;
  • Conduire et accompagner les projets et programmes nationaux de développement économique.

Ce développement national passe-t-il nécessairement par le développement d’un tissu économique local dynamique ?

Naturellement, on ne saurait parler de développement d’un pays sans développement à la base. Comme vous le savez, la quasi-totalité de nos régions naturelles sont à vocation agro-pastorale et près de 80 % des emplois sont ruraux, d’où la nécessité d’investir massivement dans la production nationale et dans les infrastructures susceptibles d’accroitre la productivité et l’accès aux marchés. Il faudrait également s’orienter vers la diversification de l’économie qui doit trouver son ancrage dans le tissu économique local.

Au nombre des éléments qui composent le développement nous retrouvons la croissance économique. Expliquez-nous en quelques mots de cette notion.

Avant tout, nous pensons qu’il est d’abord important de faire la différence entre la croissance et le développement économique.

La croissance est un phénomène quantitatif de nature économique, tandis que le développement est un mouvement continu sur le long terme, de nature qualitative et quantitative, qui modifie durablement les structures économiques, sociales et démographiques d’une Nation.

Le développement économique fait référence à l’ensemble des mutations positives, techniques, démographiques, sociales et sanitaires que peut connaître un pays ou une région quelconque. Il ne doit pas être confondu avec la croissance économique.

La croissance économique quant à elle désigne une variation positive de la production de biens et de services dans une économie sur une période donnée, généralement une longue période. Dans la pratique, l’indicateur le plus utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut (PIB). Il est mesuré « en volume » ou « à prix constants » pour corriger les effets de l’inflation.

 Développement économique rime forcément avec enrichissement des populations. Cet enrichissement se ressent-il en Guinée ?

En réalité le développement économique doit avoir pour finalité le bien-être des populations. En Guinée, le Gouvernement a fait beaucoup d’efforts pour réduire la pauvreté, en témoigne les gros investissements réalisés et les engagements pris pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable à l’horizon 2030. Mais en dépit de ces efforts louables nous savons que les résultats de l’ELEP 2012 ont montré que plus de la moitié des Guinéens (53%) vivraient en dessous du seuil national de pauvreté qui est de 8 815 GNF/personne/jour (0,9 EUR).  Aussi, faut-il souligner que l’économie guinéenne reste encore largement informelle avec une part estimée à plus de la moitié du PIB. L’emploi informel occuperait près de 70% de la force de travail du pays.

Les efforts du Gouvernement allant dans le sens de la lutte contre la pauvreté et pour l’amélioration des conditions de vie des populations ont été freinés par les effets de la Covid19. Vous conviendrez avec nous qu’il est difficile au regard de toutes ces contingences, d’évaluer l’impact des efforts fournis pour l’amélioration des conditions de vie des populations. En tant que cadre du Département du Plan et du Développement Economique, nous pensons que les résultats de l’évaluation du PNDES 2016-2020, apporteront suffisamment d’éléments d’appréciation pour connaitre le niveau d’atteinte des objectifs du développement économique et social de notre pays.

Lorsque je dis qu’en Guinée le développement économique est principalement basé sur l’exploitation des richesses naturelles, ai-je dis vrai ?

Vous savez, il est établi en Guinée que le secteur minier est le moteur de la croissance ; il tire, comme une locomotive, le développement économique dans son ensemble. Le pays dispose d’un potentiel minier très riche et varié réparti sur l’ensemble du territoire. La diversité de ce potentiel offre des opportunités d’investissements capables de soutenir une forte croissance économique, car le secteur minier est le catalyseur de la transformation structurelle de l’économie guinéenne. Il est appelé à booster le secteur agricole qui occupe une frange importante de la population guinéenne ……du secteur réel.

Pour cette raison, le secteur minier à travers la transformation structurelle figure en bonne place dans le processus d’élaboration du second PNDES 2021-2025, aux côtés de nouvelles thématiques prises en compte, telle que l’économie bleue, verte, l’innovation technologique.

Qu’est-ce que l’indice de développement humain (IDH) ?

L’indice de développement humain (IDH) permet d’évaluer le niveau de développement d’un pays en se basant non pas sur des données strictement économiques, mais sur la qualité de vie de sa population. C’est un indice composé calculé chaque année par le PNUD.

Trois critères sont retenus pour ce calcul : le PIB par habitant ; l’espérance de vie à la naissance ; et le niveau d’éducation des enfants de 15 ou 17 ans et plus.

  • L’amélioration des conditions de vie des populations fait partie intégrante du développement économique. Comment arrivez-vous à impacter positivement sur la vie des ménages ?

 Nous pensons que la question n’est pas comment nous arrivons à impacter sur la vie des ménages, mais comment les politiques publiques peuvent impacter positivement la vie des ménages en Guinée ?

A cet effet, il faudra impérativement renforcer la mise en œuvre d’un certain nombre de politiques publiques. Le Gouvernement a déjà pris une série de mesures de soutien et d’accompagnement de ménages vulnérables et d’entreprises privées du pays en lien avec le contexte de la covid 19. L’objectif visé est de :

  • favoriser la consommation en lien avec les secteurs en difficulté et/ou impactés par la pandémie de covid-19 (tourisme, restauration, bâtiment…) ;
  • intensifier le soutien à l’insertion des jeunes sur le marché du travail pour lutter contre le chômage et la précarité ;
  • appuyer et accompagner le monde rural à travers la valorisation des technologies d’adaptation et de modernisation des techniques de production, de transformation, de conditionnement et de commercialisation des produits maraichers et rizicoles ;
  • renforcer la mise en œuvre des politiques sectorielles.

Développement et progrès vont de pair. Y a-t-il eu progrès ces deux dernières années en Guinée ?

Des progrès tangibles oui, en témoigne les derniers rapports des missions d’évaluations des institutions de Brettons Woods (FMI, Banque Mondiale), les agences de notation, les rapports produits par les partenaires au développement…). Nous restons persuadés que les résultats de l’évaluation globale du PNDES 2016-2020 corroboreront ces résultats qu’il va falloir consolider parce que la population guinéenne augmente et avec, ses besoins. C’est le grand défi pour parvenir à une croissance inclusive et partagée.

Depuis un certain temps nous entendons parler de l’Agenda 2030 des Objectifs du Développement Durable (ODD). Dites-nous quelques mots sur cet agenda.

C’est en septembre 2015 que les 193 États membres des Nations Unies ont adopté cet agenda universel de développement avec 17 Objectifs, contenant 169 cibles et 244 indicateurs. Cet agenda a pour objectif de mettre fin à l’extrême pauvreté, de lutter contre les inégalités et de promouvoir la prospérité tout en protégeant l’environnement, et ce d’ici 2030.

 Ces ODD sont-ils réalisables ? et comment seront-ils mesurés ?

 Pour être réalisables, les ODD doivent être associés à des politiques de développement, pour les mettre en place, des financements pour les soutenir et des indicateurs pour en évaluer les résultats. Cela suppose donc l’acquisition de nouvelles « connaissances statistiques », partagées et uniformisées, demandant un effort important de tous les acteurs et parties prenantes pour améliorer et adopter des standards communs.

Par ailleurs, les cibles doivent être quantifiables afin de mesurer les résultats et connaitre le niveau d’atteinte des ODD non seulement pour ceux qui ont été retenus dans le PNDES 2016-2020 mais aussi pour le PNDES 2021 à 2025.

Comment les ODD sont-ils intégrés aux priorités et processus nationaux existants ?

L’élaboration et la mise en œuvre du PNDES 2016-2020 a coïncidé avec l’adoption et la mise en œuvre de l’agenda 2030 des ODD. Cela a été une opportunité pour notre pays, à l’instar des autres, de contextualiser de prioriser et d’aligner les objectifs et certaines cibles de cet agenda.

Sous le lead du MPDE, en collaboration avec l’ensemble des acteurs et parties prenantes, guidé par l’ambition affichée des objectifs mondiaux, et en tenant surtout compte des priorités nationales, 17 ODD et 75 cibles sur les 169 ont été intégrées aux priorités nationales et aux processus existants dans les piliers du PNDES 2016-2020.

Il faut noter que les indicateurs nationaux sont ceux qui aideront le plus à progresser vers l’atteinte des objectifs et leurs cibles afin de concrétiser la réalisation de cet agenda en Guinée d’ici 2030.

Le suivi de la mise en œuvre des objectifs du Développement Durable relevait auparavant de votre Direction, quelles sont les activités que votre service a pu réaliser pour assurer un meilleur suivi de cet agenda en Guinée ?

Dans le cadre du suivi de la mise en œuvre et du suivi du niveau d’atteinte des ODD en Guinée, le MPDE en collaboration avec les BSD et les agences du SNU en Guinée, sous le lead de la DNDE, a réalisé des activités au nombre desquelles nous pouvons citer :

  1. La définition d’une stratégie conjointe pour la conception d’une architecture de financement de l’agenda 2030 des ODD pour la Guinée :

Depuis le 26 février 2020, nous avons entamé les réunions de concertation avec les cadres et représentants des agences du Système des Nations-Unies en Guinée, en présence de certains BSD invités à cet effet.

L’objectif de ces réunions était de définir ensemble une stratégie conjointe pour : (i) concevoir et renforcer l’architecture de financement de l’agenda 2030 des ODD ; et (ii) Catalyser les investissements stratégiques en faveur des ODD. Ceci, dans le but d’accélérer l’atteinte des objectifs jugés prioritaires en Guinée, et aussi identifier les priorités nationales auxquelles cette stratégie devra s’aligner.

Fort heureusement, la Guinée a obtenu l’accord de financement pour la conception et le renforcement de l’architecture de financement de l’agenda 2030 des ODD en juillet 2020, grâce à la bonne collaboration des équipes du Système des Nations Unies et le Gouvernement. La cérémonie de lancement officiel de ce programme conjoint s’est déroulé le 21 avril 2021 à l’hôtel Primus Kaloum.

  • L’évaluation des indicateurs ODD ou la définition de la trajectoire des ODD en Guinée

Des réunions préparatoires ont été organisées conjointement avec les cadres des agences du SNU le 01 avril et le 08 avril 2021. Ces réunions de concertation nous ont permis de réaliser les 27, 28 et 29 avril 2021 à Coyah, avec les BSD l’atelier d’analyse de la trajectoire des ODD en Guinée, dans le cadre du processus du Bilan Commun de Pays.

A partir d’un cadre de suivi des indicateurs relatifs aux objectifs et aux cibles du programme de développement durable à l’horizon 2030, et d’un tableau récapitulatif des trajectoires des ODD, l’objectif de cet atelier était : (i) d’identifier les ODD retenus pour la Guinée de 2016 à 2020 ; (ii) de renseigner les indicateurs des ODD retenus par année ; (iii) d’apprécier l’évolution des indicateurs ; (iv) de mieux décrire l’évolution de la trajectoire ; et (v) de ressortir les principaux goulots d’étranglement et de procéder à l’analyse causale et multidimensionnelle des goulots d’étranglement et des risques.

Cette activité qui est en cours de finalisation, devra faciliter l’élaborer du prochain plan cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable mais aussi déterminer le niveau d’atteinte des cibles ODD priorisées pour la période 2016-2020, mais aussi et surtout, permettre au Gouvernement de se situer par rapport à la prise en compte des ODD dans le prochain PNDES pour la période 2021-2025.

C’est le lieu et le moment de souligner et de saluer le soutien et l’accompagnement de Mme la Ministre du Plan et du Développement Economique, ce qui nous a permis de réaliser les missions assignées et objectifs fixés à la Direction Nationale du Développement Economique.

Grâce au leadership de Madame la Ministre du Plan et du Développement Economique le département a pu redynamiser et renforcer ces dernières années, la chaine prospective, planification, programmation, budgétisation, suivi et évaluation (PPPBSE) en Guinée et cela conformément à la vision éclairée d’une Guinée Emergente et Prospère du Président de la République le Professeur Alpha Condé.

                                                              Je vous remercie, Mme Sakho Tamar Diallo

                                                                    Une interview réalisée par AKIN Saliou